Maud Serrault éclat

Comme un éclat au-delà de leur mort.

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Maud Serrault, 37 ans. Elle était depuis trois ans en charge du marketing et de la communication de la filiale française de la chaîne hôtelière Best Western. Diplômée du Celsa, cette jeune mariée avait auparavant travaillé chez Renault, Intermarché, puis chez Hammerson. « C’était une jeune femme pétillante, brillante et aimante », a dit d’elle Olivier Cohn, directeur général de Best Western France. Selon Libération, son mari était avec elle au Bataclan, et a échappé au massacre. « 

Le 13 Nov 2015 où j’étais, comme beaucoup, se pose la question après l’horreur du Bataclan, moi aussi. Cette question vient tous nous chercher… Un peu comme un rappel, on ne sait pas où, on ne sait pas quand ni comment, et si on aime les ragots, le potin, les news, l’actualité en rapporte plein d’exemples, des farfelus et des malheureusement bien connus. Enfin, se rappel peut se faire quand on perd un proche, ou dans notre entourage. Mais cette date cause comme une anomalie dans la trajectoire ; on ne sait pas si, près de nous ou plus loin, quelqu’un a été touché par ce drame, car c’est son nom !

Un drame avec des victimes de toutes les façons qu’elles soient mortes ou pas. Dans deux jours, un peu comme un rappel, pour ne pas dire anniversaire (HappybirthDead), le sujet sera peut-être évoqué en cours, dans la presse, c’est sûr… Et les effets collatéraux qui ne se mesurent pas, comme les postes de travail qui ont été comblés, les maris et marinettes (dont le féminin n’existe pas), donc les femmes, qui ont su se faire à nouveau aimer à défaut d’être consolées, les enfants qui sont nés et qui, à presque 10 ans, ayant l’âge de raison, sentiront ce malaise avec lequel vit l’un de leurs parents, grands-parents…

Maeva, qui me donne l’autorisation de partager sa propre expérience, a eu un lien inattendu avec cette date, mais presque deux ans après le drame.

C’était en 2018, Maéva travaillait comme hôtesse d’accueil au sein d’une chaîne hôtelière. Mère isolée, elle n’avait pas travaillé depuis 7 ans. Elle reprenait doucement une activité professionnelle avec un job à temps partiel et plutôt alimentaire. Elle aimait son travail, et cela se voyait : la responsable du service marketing était venue personnellement lui faire un retour à la suite des éloges de certains clients. Sens du contact, sourire, échange d’un ton juste avec une pointe d’humour pour mettre à l’aise les visiteurs, de quoi favoriser les échanges professionnels et les intérêts de la boite.

Son petit plus, sa curiosité à toute épreuve, c’est ce qui la rendait exceptionnelle, faut croire. Comme toute qualité bien prononcée, elles sont aussi des défauts. Certains n’aiment pas les gens trop curieux…

Un jour, elle ouvre comme à son habitude les courriers et tombe sur le nom d’une employée au service communication et marketing, mais ne la trouve pas dans la base de données…

Maëva s’interroge, fait des recherches sur Google, des fois que le visage de cette employée apparaitrait comme une évidence. Sans doute s’était-elle mariée et avait donc juste changé de nom…

Son nom et prénom se trouvent bien sur les lignes de pages web, mais ils sont liés à la mort, à un événement tragique, à celui du Bataclan. Maeva ressent un frisson parcourir son petit corps, se demande pourquoi cela lui est tombé dessus, elle qui est si sensible… voire un peu trop au goût de son entourage.

Elle lit l’article… en son hommage, car ce ne peut être une coïncidence pour Maëva. Elle accepte que l’on écrive son nom ici : Maud Serrault.

Dans la lecture de ces quelques lignes… elle apprenait aussi que son mari s’en était échappé, ils venaient de se marier… Elle se rappelait que le monde tournait malgré tout, même dans cette entreprise, tournait comme si… les gens n’aimaient pas côtoyer la mort, pourtant elle est près de nous tous les jours. Pour Maeva, convaincue de cela, c’en était encore une preuve.

Elle n’a jamais oublié.

Le 13 novembre, elle ne savait pas où elle était, comme beaucoup d’entre nous, mais cette éclaboussure si délicate arrivée par ce courrier du constructeur Mercedes la relie toujours à une personne qu’elle n’a pas connue à cette date et à tout ce qui sera en lien avec elle.

Une vie volée, mais pas que : des chemins et des destins qui n’auront plus la même fin, et qui ne seront jamais plus empruntés par ceux qui en avaient rêvé dans leur tendre enfance…

Maeva repense à ceux qu’elle a perdus. C’est comme un chapelet, me dit-elle, penser à une personne évoque les autres, comme si soudain, il y avait une queue pour que j’aie une pensée pour chacun d’eux. Elle Maud n’était pas de ma famille et pourtant… pas de race, pas de couleur, pas de religion, juste une liaison par la transmission et les émotions…

Elle me touche de par sa sensibilité si rare de nos jours… et, comme on dit au Mexique, les morts revivent un peu à l’invocation de nos questionnements pour mieux les comprendre. Rien de tel qu’un peu de lecture.

Pour ma part, bien qu’un peu moins sensible, tout cela me fait penser à la série Coréenne Hotel de la luna.